Depuis l’an 2000, l’eschatologie, le discours sur la fin des temps, est à la mode, si bien que nous avons survécu à un bon nombre de destructions apocalyptiques surmédiatisées, la dernière en date devant nous emporter avec la fin du calendrier Maya. Raté.
Du bug de l'an 2000 au calendrier Maya.
De nombreux internautes suivent désormais avec intérêt les analyses monétaro-eschatologiques du sheik Imran Hossein ou les inénarrables paraboles du rav Ron Shaya ; deux des plus éminents herméneutes (analystes des textes sacrés) de la blogosphère. Les amateurs de finance se rabattent sur la guématrie (numérologie sacrée) des cours de la bourse avec Pierre Jovanovic.
Le prophète Elie
L’exégèse est à la mode. Les prophètes courent la toile. On en trouve même de virtuels comme Web bot.
Chose étonnante dans ce phénomène de société, la plupart des occidentaux ignorent complètement leur propre culture et préfèrent souvent les romances façon da Vinci code à l’original.
Signe des temps ?
Après tous, quand ses disciple interrogèrent Jésus sur les signes de sa parousie et de la fin des temps, Il répondit en tout premier :
« Prenez garde que personne ne vous séduise. »
L’ignorance est telle que la plupart des gens ignorent que le mot Apocalypse ne signifie pas destruction mais révélation (plus précisément dévoilement) et encore moins connaissent le contenu de cette révélation.
Pourtant, l’eschatologie chrétienne renferme d’étranges et sidérantes prophéties qui semblent concorder étrangement aux temps troublants que nous vivons et prophétise en particulier l’avènement d’un gouvernement mondial maléfique.
De même, parmi les chrétiens fervents, on ne trouve presque personne qui ait jamais entendu parler du Paraclet et encore moins du Katéchon, deux figures clef, selon l’Évangile, en cette fin d’ère que nous vivons.
Cet article a pour but de permettre à ceux qui le souhaitent de revisiter l’essence de l’eschatologie chrétienne en la dépouillant de l’habillage hollywoodien ou gothique qui dissimulent son message.
Rendons à Dieu ce qui est à Dieu.
Par où commencer ?
Sans doute par l’identification des deux forces en présence.
La plupart des gens ont entendu parler de l’Antéchrist (mais le texte Grec dit Antichrist, opposé au christ, aussi c’est le terme que j’utiliserai) , lequel, selon l’Évangile, deviendra le maître du monde en usant d’abord de la séduction et de la ruse, puis de la force.
Ce que moins de gens savent, c’est que sa venue est l’issue de l’affrontement entre deux principes que la Bible appelle L’Esprit de Vérité et le Mystère de l’Iniquité.
L’expression Mystère d’Iniquité est un vieil usage de traduction de la bible pour l’expression grecque mystèrion tès Anomias (μυστήριον της Ανομίας) qu’on pourrait aujourd’hui traduire par Mystère d’Anomie.
Anomie est un mot récent en Français, c’est pourquoi l’usage était de le traduire par Iniquité, mais il ne s’agit pas tout à fait de la même chose.
L’iniquité, c’est l’injustice en dépit des lois.
L’anomie, c’est l’absence de loi.
Le Mystère de l’Iniquité c’est dont une opération cachée qui efface les lois morales jusqu’à l’établissement d’un monde aux valeurs inversées.
- Un monde où le mensonge et la tromperie ne sont plus honteux, où les
vices deviennent des vertus, comme l’appât du gain, l’égoïsme, la
luxure, la violence.
- C’est, par exemple, le fait de légaliser la torture, l’assassinat par
drone ou la détention arbitraire comme c’est le cas aujourd’hui aux
USA.
- C’est encore le fait de tromper les opinions pour déclencher des guerres
contre des pays souverains, en inventant la jurisprudence de
l’interventionnisme humanitaire qui a permis de ravager la Yougoslavie,
l’Irak, la Lybie et maintenant la Syrie, en faisant croire à des camps
de concentration ou à des armes de destruction massive, inventées de
toutes pièces à des fins de propagande.
- Ce sont des guerres au cours desquelles on a constaté l’abrogation dans les faits des Convention de Genève.
Paraclet et Katéchon sont dans un même bateau.
Dans l’épitre aux Thessaloniciens, saint Paul dit aux fidèles :
« Ne vous souvenez-vous pas que je vous disais ces choses, lorsque j'étais encore chez vous ? Et maintenant vous avez vu le Katéchon, afin qu’il soit révélé quand le temps sera venu. Car le mystère de l'iniquité agit déjà ; il faut seulement que le Katéchon ait disparu. Et alors paraîtra l'impie, que le Seigneur Jésus détruira par le souffle de sa bouche, et qu'il anéantira par l'éclat de son avènement. »
Le mystère de l’iniquité existait donc déjà dans l’antiquité, mais il ne prévalait pas du fait de la présence du Katéchon.
- L’ange découvert récemment à Sainte Sophie
Mais qu’est-ce donc que ce Katéchon (κατέχων) dont si peu de gens ont entendu parler, même à la messe ?
Si le mot est resté une affiare d'initiés, c’est que la plupart des traducteurs de la bible ont traduit κατέχων par « ce qui retient ».
Mais cette traduction fait disparaître une particularité : étrangement le mot Katéchon apparaît sous deux genres différents dans le texte grec : tous d’abord avec l’article masculin (ὁ) et ensuite avec l’article neutre (τὸ), laissant d’abord penser que c’est une personne, puis qu’il s’agit d’une chose.
L’idée la plus répandue chez les pères de l’église était que le Katéchon de genre neutre est l’Esprit Saint, mot qui est aussi du genre neutre en grec. Esprit étant la traduction du grec Pneuma qui signifie souffle.
Mais il reste cet étrange usage du genre masculin. Aussi, les père de l’église se sont longuement demandé si cette ambivalence personne/chose se résumait à l’Esprit Saint ou s’il agissait en fait de deux Katéchon séparés, l’Esprit Saint et une personne qui a reçu l’Esprit Saint.
Idée renforcée par un autre sens que le grec démotique (c’est à dire le parler populaire) donne au mot Katéchon : le titulaire (d’un poste).
L’affaire se complique quand Jésus dit : « Je vous ai dit ces choses pendant que je demeurais avec vous. Mais le Paraclet, l'Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. »
Paraclet (παρακλητος) signifie en Grec « celui qui console » ou « celui qui intercède ». Le terme était généralement utilisé pour désigner un avocat. De nombreuses bibles le traduisent simplement par l’adjectif « consolateur » appliqué au Saint Esprit.
Jésus précise (Jean 14:15-23) clairement que le Paraclet est éternel : « Si vous m'aimez, gardez mes commandements. Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Paraclet, afin qu'il demeure éternellement avec vous, l'Esprit de vérité,
que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit point et ne le
connaît point ; mais vous, vous le connaissez, car il demeure avec vous,
et il sera en vous. »
Reste à comprendre qui est le Katéchon, qui contrairement au Paraclet, ne doit pas demeurer éternellement avec les hommes, mais se retirer pour laisser agir le Mystère de l’Anomie.
Saint Augustin avouait ne pas être capable de répondre, et de nombreuse hypothèses furent évoquée par les théologiens.
La plupart on pensé que comme l’Église incarne l’Esprit Saint descendu sur terre son pouvoir spirituel personnifie le Paraclet.
Ainsi certains pensent que des hommes politiques sages jouent le rôle de Katéchon au cours des âges, pour servir de guide moral au monde.
C’est pourquoi on retrouve parfois des personnages assez peu « orthodoxes » sur certaines fresques des églises d’Orient, comme ce "saint" homme au dessus duquel on peut lire en grec Mahatma Gkanti (Μαχάτμα Γκάντι).
L'effet Katéchon dans l'Histoire
À partir de la conversion de l’empereur Constantin, l’Église considéra que l’empereur incarnait ce Katéchon masculin.
Appliquant les paroles du Christ « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » (Matthieu 22 :21) l’Église joua alors, ce que Montesquieu définira comme un pouvoir séparé, un contre-pouvoir moral, tout en demeurant soumise au pouvoir temporel de l’empereur.
C’est ce qu’on appellera plus tard le césaropapisme.
Le césaropapisme — mot né au milieu du XIXᵉ siècle — désigne un système de gouvernement temporel qui, dans une volonté de domination universelle, cherche à exercer son pouvoir sur les affaires religieuses. L’empereur empiète donc sur les affaires de l’Église. (Wiki)
Cependant, en 752, le Pape Étienne II changea de protecteur :
Étienne II et Pépin
Afin d’obtenir l’accord du Pape, Pépin lui céda le territoire de Ravenne qu’il avait pris à l’empereur romain et se proposa de le remplacer en tant que protecteur de l’Église latine.
Dès lors, le Pape devint lui-même souverain des États pontificaux et s’affranchit de l’empereur romain. Il se plaça désormais au-dessus des rois et des empereurs, qu’il oignit, reprenant ainsi l’ancienne coutume hébraïque.
Les patriarches d’Orient, habitués à un gouvernement synodal et œcuménique de l’Église, résistèrent aux prétentions monarchiques du Pape. Le fossé se creusa, un fossé grandissant entre les deux Églises sœurs.
Les deux glaives ou l'unification du Paraclet et du Katéchon.
Par la suite l’Église latine justifia cette évolution par la théorie des deux glaives :
- Les deux glaives
Vers 1129 Saint Bernard, abbé de Clairvaux affirma que le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel devaient tous deux être détenus par le Pape. Une nouvelle doctrine permit à des moines de manier l’épée et l’ordre des Templiers fut fondé.
Le Pape suivant, Innocent II, (mal) élu en 1130 se mit à porter une couronne en tant que souverain des États pontificaux.
En 1301, Boniface VIII ajouta une deuxième couronne pour signifier son autorité spirituelle au.dessus de l'autorité civile.
Enfin Benoît XII, en 1342, ajouta une troisième couronne, qui donna son nom à la Tiare, afin de symboliser son autorité sur tous les monarques.
Le Pape fut depuis cette époque couronné avec cette formule : « Recevez la tiare ornée de trois couronnes et sachez que vous êtes le père des princes et des rois, recteur de l'univers et sur terre vicaire de Jésus-Christ notre Sauveur. »
Ainsi le Pape revêtait la fonction de Katéchon alors que l'église incarnait le Paraclet.
Le pouvoir est un piège.
Malheureusement, revêtir l’autorité monarchique ne valut pas que des avantages au pape.
Pape fut désormais exposé sur ses deux flancs. D’un côté il subit les critiques dogmatiques et de l'autre il se vit associé aux crimes et turpitudes des monarques qu’il avait oints.
L’absence de collégialité provoqua deux schismes majeurs dans la chrétienté, d’abord celui avec les patriarches orientaux, puis ce fut la réforme protestante.
Les responsabilités politiques du pape érodèrent progressivment son crédit moral.
C’est probablement pour échapper à ce double piège que, depuis Vatican II, les Papes renoncent discrètement à se faire couronner et à porter la tiare.
Le site du Vatican explique cette évolution ainsi : « la pleine juridiction du Pape commence au moment de son acceptation à l'élection faite par les Cardinaux en Conclave et non par un couronnement, comme pour les monarques civils. »
http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/elezione/stemma-benedict-xvi_fr.html
Le Vatican reconnaît donc implicitement que le Pape n’est plus un monarque civil, en dépit du fait qu’il est le chef d’état du Vatican.
Sans fleurs ni couronne
Le pape Jean-Paul II fut le dernier pontife romain à arborer la tiare dans ses armoiries.
« Le Saint-Père Benoît XVI a décidé de ne plus mettre la tiare dans son blason pontifical, mais de n'y placer qu'une simple mitre, qui n'est donc pas surmontée par une petite sphère et par une croix comme l'était la tiare. La mitre pontificale représentée dans son blason, en souvenir des symbolismes de la tiare, est d'argent et porte trois bandeaux d'or (les trois pouvoirs susmentionnés d'Ordre, de Juridiction et de Magistère), reliés verticalement entre eux au centre pour indiquer leur unité dans la même personne. »
http://herald-dick-magazine.blogspot.fr/2013/04/le-pape-francois-modifie-son-blason.html
Si l’Ordre sacré correspond à la fonction de Vicaire du Christ, les titres de Père des rois et de Recteur de l’univers ont été abandonnés, ce que symbolise la disparition du couronnement et de la tiare. Cela signifierait-t-il que le pape ne serait plus investi pleinement du rôle de Katéchon ?
Le mystère d'Iniquité est à l'œuvre
Quelle que soit la personne qui incarne le Katéchon, l’expression de son action dans le monde est d'ordre essentiellement moral. Le Katéchon incarne donc la loi, autant divine que naturelle, et son retrait du monde est la condition de la venue de l’Inique (ἄνομος).
Au delà des symboles, le recul de l’influence morale du christianisme semble bien correspondre à la prophétie du retrait du Katéchon que Paul annonçait aux Thessaloniciens.
Dans tous les pays qui ont instaurés des lois iniques, comme par exemple celles permettant d'avorter ou de marier des couples contre nature, les législateurs ont désormais comme référence une culture entièrement étrangère à la culture chrétienne, une culture profondément aliénée.
Nous sommes donc bien fondés de conclure que l'absence de plus en plus remarquable du Katéchon, est le signe indubitable que son retrait a inéluctablement commencé et que le mystère de l'Initiquité n'a plus à se cacher. Les forces des ténèbres ont jeté leur masque et agissent désormais au vu et au su de tous et partiquement plus personne n'y voit malice, car le Katéchon ne le retient plus.
Source (l'article a été passablement remanié par nos soins).








